Pour commencer…

J'ai longtemps hésité à mettre mon visage et ma vie sur le net. Jamais mon nom car le plus souvent il apparaissait pour des raisons militantes.

Aujourd'hui, j'ai comblé un certain déficit narcissique, sans compter que mon back militant a pris aujourd'hui une dimension à laquelle je n'attendais pas.

     
 
  chez Lynn Conway
     

 

  en el web de Lynn Conway

 

 
  in Lynn Conway's website
     

Mon "outing" en tant que femme d'origine transsexuelle, Trans' si vous voulez, m'a apporté énormement de belles choses. Avec mon entourage la parole est plus libre, plus simple, plus sincère de part et d'autre.

     

Je veux témoigner de la possiblité d'exister avec ce parcours, ce trajet. Il est derrière certes, mais il a été. Nous ne sommes pas obligées de nous terrer dans le silence, de naître à 20, 40 ou 60 ans. Dire que nous sommes nées garçons ou filles, avec des x ou de y plus ou moins bien combinés, ne fait pas de nous l'Homme ou la Femme. Ni avant ou après l'opération… Il y a un moi qui est né garçon, mais si j'avais été un homme, Karine n'existerait tout simplement pas. Tout comme mon éducation me l'a demandée, j'ai tenté d'être comme ou avec, peu importe… Ce trajet nous oblige-t-il à être un inaccessible et insurportable "tout femme" ou "tout homme dans le cas du trajet inverse ? Il y a un Nous et ses différentes réalités qui coexistent tout au long de l'existence. De même les trans' sont comme "tout le monde"… Ils peuvent être hétérosexuels, gais, lesbiennes ou bi. Concernant "ce parcours du combattant" qui sert de loupe à ceux qui nous regardent avec plus ou moins de bienveillance, je dis juste pas de bol ! Sans victimisation outrancière.

     

Je suis née un 22 octobre 1967 à Santiago du Chili, d'une mère française et d'un père chilien. Côté maternel des origines russes, du côté du paternel des origines espagnoles et incas. Physiquement cela donne de très grands blonds d'une part, et de tout petits bruns d'autre part. Moi, je suis pile au milieu !

karine famille
karine identité
Du Chili, je me souviens de quelques grosses bêtises, de la neige sur Santiago (oui ça arrive), des cheveux longs de ma marraine, des jardins respectifs de mes grands-mères et du beau visage d'inca de mon grand-père…
Je me suis toujours vécu comme l'image que j'ai du Chili. Une terre à part. Elle existe mais elle est difficile d'accès, coincée entre le Pacifique et la Cordillère des Andes. Une terre ouverte et fermée, y compris à elle-même parfois.
santiago

Alors que je jouais dehors avec les enfants de nos voisins, les avions pilonnaient le palais de La Moneda et la fumée montaient dans le ciel. On entendait le son des mitrailleuses et des sifflements dans l'air. La télévision était allumée… je ne comprenais pas ce qu'il se déroulait exactement, je savais juste que c'était quelque chose d'important.

Les militaires en armes ont envahi les rues et quelque jours après le coup d'Etat, mon père et moi, nous nous sommes retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment. Des gens sont morts. J'avais du sang sur les souliers.

Les semaines s'écoulent et chaque soir, on entend des fusillades dehors et parfois le son des balles qui se fichent dans les murs. Ma mère fini par en faire collection. Puis vient le temps des tickets de rationnement et du visage inquiet de mes parents. C'est décidé, ma mère demande à être rapatriée.

Un 11 Septembre 1973, ces mecs là sont arrivés et la dictature s'est installée.

putsh militaire